En 2015, Alain de Vulpian écrivait dans Éloge de la métamorphose :

 « La démocratie représentative et partisane que nous pratiquons est en porte-à-faux par rapport à la nouvelle société, qui se sent exclue du pouvoir et commence à contester sa légitimité. La gouvernance autoritaire et bureaucratique dont nous avons hérité devient inefficace et produit des turbulences lorsqu’elle intervient dans une société hypercomplexe et fonctionnant de plain-pied. La mal-gouvernance qui en résulte dresse le peuple contre les élites. L’État tutélaire et le système de protection sociale uniformisante que nous avons construits au milieu du XXe siècle ne se délitent que lentement et prennent à rebrousse-poil une société qui vise à optimiser la situation particulière de chacun. L’Union européenne entre deux chaises est paralysée.

Du fait de ces désajustements, les gouvernements de la plupart de nos pays et celui de l’Union sont en perte d’efficacité et incapables d’accompagner convenablement notre développement dans le cadre de la mondialisation en cours. Ils ne fournissent pas le bien commun qu’attend la société des gens. Nos populations souffrent et sont démoralisées. Elles accusent les élites gouvernantes aussi bien nationales qu’européennes d’être responsables de leur malheur et les contestent brutalement dans les urnes comme dans la rue. Des crises politiques graves pourraient perturber la métamorphose. »

Les Gilets Jaunes, ce mouvement qui secoue la France

Il y avait, à l’origine, un côté bon enfant, ludique dans les gilets jaunes. L’originalité de ces mouvements qui se développent dans les réseaux sociaux, c’est qu’il n’y a pas de chef, pas d’organisation avec laquelle les pouvoirs publics peuvent discuter. Ils ne veulent pas être représentés.  On est dans la complexité des « systèmes dissipatifs », les auto-régulations se font ou ne se font pas, ceci dépend de chacun des membres des réseaux et en réalité des manipulations intérieures et extérieures. Les pressions physiques peuvent aller très loin.

Il y a une ambiguïté profonde : les gilets jaunes ne se soucient probablement pas d’écologie car personnellement, à court terme, ils cherchent d’abord comment s’en sortir dans leur vie quotidienne. Que proposaient-ils à l’origine ? Qu’on les écoute ? Que l’on écoute les maires et d’autres formes d’organisations ? Mais leur désenchantement s’est cristallisé sur une personne, leurs « indignations » manipulées par des extrémismes, se transforment en colère qui peut être violemment destructrice.

Nous avons un besoin urgent de « catalyseurs de l’action publique » dans des situations d’extrême complexité. Ce serait des socioperceptifs aigus qui sentiraient les principales dynamiques de la métamorphose en cours. Ils seraient à l’origine de « collectifs hybrides » où pourraient se retrouver des agents socioperceptifs qui viendraient des pouvoirs publics, corps intermédiaires, syndicats, associations… Peuvent-ils jouer leur rôle d’auto-organisateurs naturels dans un système complexe ?

La métamorphose c’est aussi transformer les crises même graves en opportunités. C’est la chenille qui devient papillon. Que vont faire les « cellules imaginales » socioperceptives, créatrices ? Ce mouvement, aujourd’hui récupéré par des extrémismes politiques, peut-il être, aurait-il pu être pour Emmanuel Macron une chance lui permettant de délaisser les expertises technocratiques et recoller à la réalité quotidienne en étant plus à l’écoute de la société des gens ?

L’avenir ne se décrète pas.

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