La société se métamorphose par les individus et elle se métamorphose également par les changements de ses modes de fonctionnement.

 

Quand les artistes contribuent aux prises de conscience collectives

L’engagement des artistes face aux enjeux de société et de l’environnement est devenu monnaie courante. Signalons une initiative qui pourrait faire date : la préparation d’un « Requiem pour l’humanité » par le compositeur Vangelis. On connait l’importance considérable de la musique pour révéler collectivement des grands cheminements individuels. La musique a joué un rôle déterminant dans l’accélération du processus de métamorphose dans la deuxième partie du XXe siècle. Ce Requiem en préparation par le compositeur Vangelis pourrait avoir un impact considérable à un moment où les prises de conscience sont de plus en plus importantes sur les dérèglements de toutes sortes : économiques, sociaux, climatiques…

 

Un orchestre sans chef : les Dissonances

L’aventure de l’orchestre Les Dissonances a débuté en 2004 à l’occasion d’un concert de Noël donné en faveur des sans-abris au cœur de Paris, dans le quartier Châtelet – Les Halles. C’est dire que l’attention à l’autre et au monde est au cœur du projet.

De retour d’une période de prise de recul dans le désert libyen, David Grimal, jeune soliste international, avait décidé de « retrouver le chemin des autres ». Les Dissonances sont devenues le seul orchestre philharmonique au monde invité à jouer le grand répertoire régulièrement, dans les plus grandes salles de concert, sans la présence sur scène d’un chef d’orchestre. La centaine de musiciens présents, forts de leurs compétences et de leur sensibilité que rien ne vient contraindre n’obéissent qu’à ce que leur dicte leur connaissance de l’œuvre et se laissent conduire par le souci qu’ils ont les uns des autres à travers le rôle assigné à chacun par le compositeur.

David Grimal le dit bien, avec ses mots et sa sensibilité : « C’est une aventure d’amitié, d’amour de la vie, de la musique, des gens ; une société d’hommes et de femmes croyant en leur intelligence collective à l’ère du développement de l’intelligence artificielle. » Cet exemple intéresse particulièrement les entrepreneurs. Retrouver le chemin des autres, dans l’entreprise, c’est permettre l’épanouissement des salariés et apporter des biens et des services utiles à des clients dans le respect des équilibres sociaux et de la santé des territoires, aujourd’hui et demain. Cela ne remet nullement en cause l’existence d’une autorité qui ne devient un problème que lorsqu’elle est abusivement exercée, lorsqu’elle cesse de se soucier des autres. La verticalité d’une relation d’autorité existe donc bel et bien, dans l’orchestre, comme dans l’entreprise, elle s’exerce par le biais d’un leadership assumé mais librement accepté, aucune nécessité n’enchaînant les musiciens à l’orchestre.

 

Les crapauds fous, l’innovation de la rue, Thanh Nghiem et David Li

Les crapauds fous sont ceux qui, pour atteindre la mare et se reproduire à la saison des amours, ne traversent pas les routes au risque de se faire écraser par des voitures mais qui cherchent un autre moyen, en l’occurrence les petits tunnels créés pour eux, par les humains. Ces crapauds qui sortent de leur routine ancestrale sont l’image des innovateurs de la métamorphose. Thanh Nghiem les repère dans le monde.  Le crapaud fou, c’est le déviant qui sauve l’espèce et fait prendre conscience des dangers qui menacent.

Un exemple de crapaud fou qui agit sur le terrain, c’est David Li. Il a eu l’idée d’étudier ce qui se passe à Shenzhen dans la rue où l’innovation se développe pour et par les gens. Il postule qu’on peut ouvrir la production de l’Internet. Les équipes de David Li ont ainsi créé un robot qui désherbe tout seul. Son intelligence artificielle est capable de détecter les bonnes et les mauvaises herbes. Pour une production biologique, cela permet à l’humain de ne pas se casser le dos. En créant une plateforme, Shenzhen Open Innovation Laboratoire, il permet à tous de prototyper n’importe quel objet : des smartphones, des drones, des véhicules électriques, etc. En France, Wiko est devenu le deuxième plus gros fabricant de téléphones en moins d’un an grâce à ce système. David Li est le Robin des bois des temps modernes qui veut œuvrer pour l’intérêt des tous avec le principe des « Goods for good ».

 

Réinventer la façon de faire société autour d’un projet de lutte contre l’exclusion et la pauvreté.

En septembre dernier, l’association « Convergences » a réunit à Paris 5 000 personnes de la société civile pour imaginer des solutions nouvelles contre la précarité et la pauvreté. Autour du thème « faire société demain, faire demain » les participants ont travaillé sur 5 thèmes repris des objectifs de développement durable adoptés par l’ONU : la bonne santé et le bien-être, l’éducation de qualité, le travail décent et croissance économique, les villes et les communautés durables, les partenariats pour la réalisation des objectifs. Pendant deux jours se sont rencontrés des acteurs du secteur public, du monde de l’entreprise, des médias, et de la société civile. Outre le très grand succès de la manifestation, il faut noter la présence de nombreuses institutions venues chercher de l’inspiration sur ces grands thèmes autant que soutenir l’initiative. Cela confirme que la métamorphose est en train de gagner l’ensemble des organisations.

 

Le tissu social de proximité se renforce, un signe supplémentaire que la métamorphose passe par l’enrichissement du « collectif »

Cyria Emelianoff est professeur assistante à l’Université du Mans sur les « capabilités collectives ». Les « capabilités » sont les capacités/compétences collectives.

Dans une perspective de transition citoyenne et de transformation concrète de l’environnement, elle constate que le voisinage devient une ressource. Comme Pierre Giorgini, elle met en avant le concept de campus élargi qui serait ancré dans le territoire et contribuerait à casser les silos.

D’après elle, les étapes à franchir sont les suivantes :

  • Rendre les parois perméables,
  • Permettre un flux à circulation libre, une horizontalité,
  • Encourager la cohabitation avec le vivant,
  • Promouvoir les valeurs d’accueil d’hospitalité, d’ouverture, du « vivre ensemble » en paix,
  • Favoriser la coopération, et construire des capabilités d’alliances entre collectifs,
  • Tenir le cap de la transition ce qui n’est pas une finalité en soi mais bien une condition de survie.

Ce qui est particulièrement intéressant ici, du point de vue la « métamorphose », c’est le réarrangement du collectif dans une perspective qui casse les anciens schémas relationnels, permet de démultiplier les efforts de chacun par la complémentarité, ouvre des perspectives de solutions nouvelles. C’est une étape plus loin que l’organisation de la manifestation organisée par « Convergences ».

 

La ville métamorphosée grâce aux réseaux

Conscientes du rôle qu’elles ont à jouer dans les transformations du monde, sous la pression conjuguée des progrès de l’économie digitale et de la pression climatique et environnementale, les villes créent des alliances, au-delà des États, sur de multiples thèmes : le climat, la résilience, les smart cities, le patrimoine, les monnaies locales ou même les villes apprenantes. Ilya Prigogine disait que : « les villes sont l’exemple même d’un système complexe dissipatif ».

En parallèle, à l’échelle locale, les initiatives se multiplient autour de la production agricole biologique, de l’éducation alternative, des transports partagés…, montrant la maturité d’une société prête à accueillir la métamorphose.

Dernière analyse en date du phénomène des tiers-lieux en France : le rapport très complet, « Faire ensemble pour mieux vivre ensemble » récemment remis par Patrick Levy-Waitz à Julien Denormandie, le Secrétaire d’État auprès du ministre de la Cohésion des territoires, qui démontre la diversité des initiatives locales à travers l’ensemble du territoire national.

Des lieux qui répondent aux attentes de coopération, de mobilité, de créativité et de singularité qui traversent notre société.
La ville métamorphosée, c’est déjà aujourd’hui !

 

Ramener la vie dans les territoires fragilisés

Dans les années 70, alors qu’ils entreprennent la réhabilitation d’un hameau en ruines dans les gorges de l’Ardèche avec des chantiers de jeunes, Gérard et Béatrice Barras découvrent par hasard une filature de laines dont le toit s’écroule dans une vallée perdue à une heure de là. Confiants dans les capacités d’une action collective, et motivés pour agir sur le développement de ce territoire rural abandonné, ils mobilisent une équipe de jeunes en leur proposant d’expérimenter la coopération dans un but de développement économique local.

Il ne s’agira pas de faire un musée ni même une filature, mais de restructurer une filière locale afin de valoriser les laines qui sont jetées en générant quelques emplois. La SCOP Ardelaine est créée en 1982. Tonte des moutons, transformation de la laine en articles de literie, commercialisation en circuit court, la coopérative se développe et crée de nouveaux emplois chaque année.

En 1986, elle installe un atelier de tricotage et confection de vêtements dans un quartier sensible de la ville de Valence. Les coopérateurs sont alors au défi de transposer leur approche du développement local rural à une zone urbaine sur-densifiée. Deux hectares de jardins partagés en pied d’immeuble, en seront les fruits les plus visibles. Pour renforcer son ancrage territorial les activités s’élargissent au tourisme et à la culture. Un, puis deux, parcours muséographiques verront le jour, drainant 20 000 visiteurs par an sur ce site historique. La coopérative, qui se définit alors comme une « Coopérative de territoire », poursuivra son développement en diversifiant ses activités jusqu’au domaine alimentaire de proximité. Un restaurant, une conserverie ouverte à tous les usagers du territoire, verront le jour en 2010, ainsi qu’un café-librairie ouvert toute l’année. Aujourd’hui Ardelaine compte 54 salariés et est labellisée par l’État « Entreprise du Patrimoine Vivant ».

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